L’AVENUE DE PARIS.

(Initialement avenue de Porchefontaine, en 1671, Grande Avenue puis avenue de Paris en 1682.)



Il aura fallu plus de vingt ans et le secours de Le Notre pour que l’avenue de Paris acquière le profil et la majesté que Louis XIV voulait pour mettre en valeur la majesté de sa demeure.

Sous Louis XIII, il n’existait que deux routes pour parvenir à Paris. La première était le chemin qui contournait au nord la « montagne » du Montbauron, remontait par l’actuelle côte de Picardie pour atteindre Saint Cloud où se trouvait le seul pont sur la Seine. La seconde route partait de l’angle entre la rue de Satory et l’avenue de Sceaux, puis contournait par le sud le Montbauron, traversait en oblique l’axe de la future avenue de Paris pour gagner Sèvres. Faute de pont, elle longeait la Seine pour atteindre Paris par Vaugirard. C’était l’ancien chemin aux bœufs.




En 1660, lorsque Louis XIV décide de l’extension de son palais il n’existe face au château qu’une petite place se prolongeant par une petite allée s’étendant jusqu’au chemin de Sait Cloud. A l’été 1662, il demande à Le Notre d’agrandir son par cet de projeter les plans de sa future ville.  C’est pour Le Notre l’occasion d’exploiter ses dons d’architecte de l’espace. Il faudra tout de même vingt ans pour que les projets murissent et prennent leur forme définitive.
Le premier projet se limite côté ville au tracé de trois allées en patte d’oie, débouchant sur place en demie lune. Trop modeste pour le souverain. Le projet est amplifié pour aboutir au trident que nous connaissons : deux avenues presque aussi importantes
que la centrales, toutes bordées de quatre rangées d’arbres, se rejoignant sur une immense place d’Armes devant son château. Mais c’était sans tenir compte des obstacles que constituent les reliefs naturels.
Plan parcellaire de 1661. Tracé des routes de Paris par Saint-Cloud ou par Sèvres.
Les travaux commencent par le nivellement de la place d’Armes remblayée au moyen des énormes quantités de terre retirées de l’aplanissement du sommet du Montbauron. Viennent ensuite les travaux de nivellement des avenues. L’avenue du milieu voit sa vue bouchée malencontreusement par la masse du Montbauron qui déborde largement l’axe central. Il est décidé de commencer les travaux d’aménagement de l’avenue de Saint Cloud qui constitue alors la voie principale utilisée par le roi et la Cour pour aller à Paris. L’avenue de Paris reste en friche. Cela déplait au roi.
Cette avenue centrale, face à son château dont la vue est bouchée par le relief du Montbauron blesse son amour des grandes et belles perspectives. De plus il veut un accès vers Paris plus rapide. Le pont de Sèvres est projeté. Il est même évoqué de contourner le Montbauron. Projet rejeté. Le roi entend privilégier sa grande avenue monumentale face à son château et a sa chambre. 


Emprise et extension du Montbauron au delà de l'avenue de Paris. Détail plan J.B. Naudin.1715, corrigé.

Le pont de Sèvres n’est construit qu’en 1684, en bois. Il faudra quatre ans pour creuser une tranchée sur le flanc du Montbauron, ouvrir la perspective et niveler l’avenue. Le « remuement de terre » est gigantesque. Il est effectué à la main, à la pioche et à la pelle au prix d’innombrable charrois pour déplacer ces millions de mètres cubes de terre, les extraire et les transportes sur une autre partie du chantier. Il faut se représenter le va et vient de convois de terre et de pierre à l’aide de brouettes, de tombereaux et de hottes d’osier quatre ans durant. Il faut ensuite les répartir équitablement, notamment pour surélever l’avenue au-dessus des étangs de Porchefontaine. Quand on mesure les pentes des rues Montbauron et de l’Assemblée-Nationale actuelles, on se rend compte le l’ampleur de la tranchée creusée.  


Avenue de Paris terminée. Plan Gaspard de Bailleul,1723.

Ce ne sera donc qu’en 1685 que l’avenue sera terminée et prendra son nom définitif d’avenue de Paris. Enfin aménagée, les dénivellations adoucies, l’avenue se présente dans toute sa majesté, descendant en pente douce jusqu’à la place d’Armes. C’est du fond de l’avenue qu’il faut maintenant admirer la perspective du château sur sa butte, telle que le voulurent le monarque et son génial jardinier-urbaniste.


Sources : Le Guillou. Versailles avant Versailles, Ed. Perrin. 2011. // Vincent Maroteaux. Versailles, le roi en son domaine. Ed. Picard.2000.// Jean Castex, Lecture d’une ville, Versailles. Ed. Moniteur, 1979.



LES AVATARS DE LA RUE DES CHANTIERS


Un exemple des modifications des cheminements versaillais dues au plan d’urbanisme royal avec ses trois avenues en trident.



    Au contraire de bien des rues de Versailles dont les noms ont pour fonction d’honorer les figures aristocratiques ou bourgeoises de la ville, la rue des Chantiers tire son nom de simples entrepôts de bois, qu’on appelait « chantiers » à une époque où le bois était une nécessité quotidienne. Il était la seule source de chauffage et la ville en pleine expansion l’utilisait en quantité. Les marchands avaient tendance à placer leurs ‘chantiers’ au plus près de leur clientèle.

    Lorsque Louis XIV décida de s’installer à Versailles, il dressa un plan d’urbanisme destiné à mettre en valeur sa demeure avec trois grandes avenues en patte d’oie convergeant vers lui, démantelant complètement le réseau des anciennes routes et cheminements ancestraux utilisé depuis des siècles. Les anciens accès aux villages de Buc et de Jouy qui n’étaient que des chemins de terre furent détruits. Auparavant la route de Jouy qui permettait de joindre la vallée de la Bièvres, était issue de la bifurcation de la grande route de Paris passant par Sèvres et Vaugirard. Cette bifurcation se situait à peu près à hauteur de notre actuelle gare Rive-Gauche. Dans toute la ville, tous ces chemins si anciens furent détruits par la construction de ces immenses avenues et des hôtels particuliers qui les bordaient.


Plan parcellaire avec tracé de la ville neuve. 1661


    Pour aller à Jouy, les habitants purent un instant penser que la nouvelle avenue de Sceaux pourrait les y conduire. Hélas celle-ci ne fut jamais terminée, fermée à l’est par les réservoirs Gobert, trop basse par rapport à la place d’Arme où on ne pouvait accéder que par une ‘rampe’ trop pentue, cette avenue resta inutilisable sous le règne du grand roi. Or celui-ci désirait plusieurs fois l’an, se rendre à Fontainebleau et ne pouvait y parvenir qu’en passant -au début- par Jouy et la vallée de la Bièvres, puis par Sceaux et Choisy. Un chemin non prévu initialement se créa spontanément en partant de l’avenue de Paris et passant derrières les communs de l’hôtel de la princesse de Conty qui permettait de retrouver le vieux chemin de Jouy. C’est derrières ces dépendances que les marchands de bois finirent par installer leurs ‘chantiers’ au plus proche de leur nouvelle clientèle de la paroisse Notre Dame. Ainsi quotidiennement, les versaillais vinrent chercher leur bois ‘aux chantier’ et finirent par nommer ainsi populairement « rue de Chantiers » cette partie de la route que les plans royaux dénommaient « route de Fontainebleu par Sceaux ».


Plan des cheminements anciens modifiés par les trois grandes avenues (Cl.S.)


    Au retour de Louis XV en 1722, celui-ci commença par déblayer la route de Fontainebleau des baraques et masures qui empiétaient sur le chemin. Et lorsqu’il étendit la ville royale jusqu’au carrefour de Noailles il attribua officiellement à cette portion de route, le nom que la population lui donnait depuis des décennies : « rue des Chantiers ». Au-delà du carrefour de Noailles où étaient maintenant installée la barrière de péage, fut bâtie le Chenil-Dauphin rejoignant ainsi le hameau du Petit Montreuil, la route conservant sa nomination de Route de Sceaux et Fontainebleau.


Accès aux "chantiers" et à la route de Fontainebleau en  contournant l'hôtel de Conti
       A la Révolution, les barrières d’octroi furent supprimées par souci d’égalité pour ètre rétablie dès le directoire où elles furent déplacées au carrefour de notre rue Albert-Samain. La rue des Chantiers se prolongeait dorénavant jusqu’aux barrières. Au milieu du XIX° siècle, le quartier subit de profondes modifications avec la création des lignes de chemin de fer et la construction de l’église Sainte-Elizabeth. L’accès à la gare se faisant par la rue des Chantiers, spontanément la population l’appela la Gare des Chantiers. Un nouveau quartier était en train de naitre qui s’appela naturellement « quartier de Chantier », du nom de sa gare.
Tracé de la rue des Chantiers et de la route de Sceaux par Louis XV. Plan Gaspard de Bailleul.1727.


    Dernier avatar de la rue : en 1935, la municipalité décida de modifier les noms de certaines rues. La rue des Chantiers fut coupée en deux : de l’avenue de Paris à la gare, elle devint la rue des Etats-Généraux en hommage aux Menus-Plaisirs où naquit la Révolution. Seule la partie s’étendant de la gare jusqu’à la rue Albert-Samain conserva son ancien nom des Chantiers. Cette modification conforta les versaillais dans l’idée que c’était le nom de la gare des Chantiers avait donné son nom à celui du quartier, oblitérant totalement le souvenir de des origines laborieuses et des anciens chantiers de bois où elle naquit.


Sources: Cl. Sentilhes, Les Chantiers de Versailles, Histoire d'un quartier méconnu. Ed. Terra-Mare. 2013./ Jacques Royen. Rapport de recherche del'UIA. 1008.



LES "CHANTIERS ", ambiguïté d'un mot,

à l'origine d'un contre-sens.
_____________

   Le nom de ce quartier a été la source de nombreuses erreurs d’interprétations au cours des siècles. Dans notre langage actuel les chantiers définissent généralement le lieu où l’on procède à des gros travaux, chantiers du bâtiment ou autres. C’est ainsi que pour nombre de versaillais, le quartier des Chantiers désignait au XIX° siècle un quartier ouvrier. Et pourtant il n’y a jamais eu sur ce quartier de chantiers de construction qui aurait pu justifier cette appellation. 

   Certes, s’étaient implantés au dix-septième siècle derrière le magnifique Hôtel de Conti - notre Hôtel de Ville actuel – des logements misérables qui abritaient des manœuvriers dont un certain nombre de maçons émigrés du Limousin. Ce n’était qu’un alignement de masures de bois et de chaume, insalubres, alignées autour de deux ruelles le plus souvent boueuses. On l’appelait un peu par dérision « l’hôtel de Limoge ». Ces malheureux allaient travailler loin, sur les vrais chantiers, ceux du monarque.  



Détail plan de Versailles vers 1750. BMV. On distingue l’Hôtel de Limoge derrière les jardins de l’Hôtel de Conti, s’ouvrant sur le chemin de Sceaux, bordant un terrain vague appel é le Camp des Fainéants au 18°.


     D’ailleurs au 17° siècle le mot « chantier » n’avait pas la même signification que maintenant. Depuis toujours ce mot était lié au bois[1]. Il désignait tantôt des pièces de bois, tantôt des lieux où on travaillait le bois pour fabriquer des tonneaux ou des navires. Mais dans les villes il désignait communément les entrepôts, soit de bois de charpente, soit de bois de chauffage, et les marchands qui en faisait commerce. Un vieux dictionnaire de 1606 publié par Jean Nicot en donnait la définition suivante : Chantier : " La boutique ou le magasin où les marchands de bois d’œuvre, comme poultres, solives, chevrons, et autres telles grosses pièces tiennent leur marchandise, et le bois de destail pour brusler".

    N’oublions pas que le bois était à l’époque une denrée primordiale, importante et nécessaire à la vie quotidienne. Non seulement pour se chauffer l'hiver, mais aussi pour la cuisine et la lessive et les mille activités nécessitant une température élevée. Le pétrole et l’électricité étaient inconnus. C'était la seule ressource énergétique du commun des mortels. Comme dans toutes les villes, on voyait dans les bois entourant Versailles, dans les bois des Gonards, du Cerf-Volant et de Porchefontaine, des bûcherons, des coupeurs de bois et des "fagoteurs" qui assuraient l'approvisionnement de la ville et de la Cour. C’était aussi un élément essentiel du bâtiment, non seulement pour les échafaudages, mais aussi pour les poutres, linteaux, portes, fenêtres, planchers et pour la menuiserie.

    On allait donc communément chercher son bois « aux chantiers » soit son bois de chauffage ce qui était pour certain une nécessité quotidienne, soit pour les professionnels du bois d’œuvre, de charpente ou de charronnage. Cette expression a d'ailleurs perduré jusqu'au début du vingtième siècle où on dénommait encore ainsi les entrepôts de charbon de bois et de bois à brûler.  Au Québec qui a su conserver une part de notre vieux français, encore actuellement, "aller aux chantiers", c'est aller dans une exploitation forestière.




   Par principe les marchands de bois installaient leurs entrepôts qui étaient encombrants hors la ville, en limite d'agglomération. A Versailles, Ils s'installèrent d'abord en bas du bois des Gonard et en haut du Parc aux Cerfs de Louis III. Mais très vite les marchands voulurent se rapprocher de leur clientèle qui se développait dans la ville nouvelle autour de Notre Dame, trop loin de leurs chantiers. Cela s'était aggravé avec les nouveaux hôtels en construction et avec la création des trois grandes avenues qui avaient oblitérés les accès transversaux, nécéssitant de nouveaux cheminements.. L'ancien village déserté était en voie de destruction. Le lieu qui leur parut le plus propice à installer leurs chantiers furent les terrains qui se trouvaient derrière l'Hôtel de la princesse de Conti auquel on accédait par l'avenue de Paris. De là partaient les marchands ambulants qui à travers la ville apportaient à domicile quelques fagots sur leurs épaules. Ce nouveau faubourg, 'hors la ville', autrement dit la banlieue, devint le lieu d'approvisionnement de bois des versaillais. On allait « aux chantiers » chercher son bois et le faubourg en garda définitivement le nom.

   S’y côtoyaient autour de ces entrepôts et de l’Hôtel de Limoge » tous les mal-logés de la ville, manouvriers, maçons, débardeurs, colporteurs mais aussi quelques gueux qui donnèrent mauvaise réputation au quartier. Ainsi le terrain vague à côté de l’avenue de Sceaux fut appelé un temps le « camp des fainéants ». Mais dès le milieu de 18° siècle, ce faubourg s’urbanisa avec la construction des écuries du Comte d’Artois et des Menus-Plaisirs, tandis que s’y installaient nombre d’artisans et de petits entrepreneurs. C’est alors que Louis XV déplaça les limites de la ville au carrefour de Noailles et donna à la rue qui y menait le nom de rue des Chantiers. Il officialisait ainsi l’appellation donnée par les habitants. Laquelle deviendra par la suite le nom du nouveau quartier. Son nom apparut sur les plans de la ville. 



La rue des Chantiers. Plan Contant de la Mothe. 1783. BNF.

     Ce n’est que plus tard, au 18°, que le sens du mot « chantier » s’étendit à tous les lieux de travaux importants comme nous l’entendons aujourd’hui. Au milieu de 19° siècle, après la construction de la gare, le quartier devint officiellement le quartier des Chantiers. 

    Mais déjà à cette époque on avait oublié les origines du mot. Pour le commun des versaillais le terme ne désignait plus que des chantiers de travaux. Le glissement de signification du « chantier de bois » vers le « chantier de travaux » devint définitif lorsque la municipalité se cru obligée en 1935, de changer les noms de rue. Le début de la rue que Louis XV avait initialement nommé rue des Chantiers fut désormais appelée rue des Etats-Généraux, repoussant la rue des Chantiers au-delà de la place Raymond Poincaré. Il n’y avait plus de raison pour que le versaillais rapproche le mot « chantier » des entrepôts de bois hors la ville qui lui avaient donné ce nom sous le règne du grand roi.



[1] . Chantier, du latin Canterius, chevron, échalas, étai, perche ou support. Le support le plus courant était les pièces de bois autour des quels s'organisait le chantier.


LE VIEUX VILLAGE DE MONTREUIL.


Jusqu'à son annexion en 1787, Montreuil fut un vrai village, à l'écart de la ville royale.

    A moins d’une lieue du village de Versailles, derrière la butte du Montbauron, existait depuis des siècles le très ancien village de Montreuil (Monstereuil). Il y avait là un moutier (Monasteriolo) fondé par Saint Germain à l’époque mérovingienne sous le patronage de Saint Symphorien d’Autun. Au XII° siècle, le village dépendait du seigneur de Montreuil, un vassal du comte de Montfort, lui-même vassal de l’abbaye de Saint Germain-des-près. Vers 1260, Geneviève, veuve de l’écuyer Jehan de Villoflain, fît don de ses terres à la petite église de Montreuil, proches de Viroflay, pour la célébration de messes pour l’âme des défunts.
    Un siècle plus tard, il y avait à Montreuil une maladrerie destinée aux lépreux au pied du Montbauron à la limite du grand étang de Clagny (approximativement à l’emplacement du Lycée Hoche actuel) qui se finançait de quelques vignes et de redevances de « quatre minots de seigle » dues par les seigneuries de Montreuil et Porchefontaine.

Essai de reconstitution du château de Pierre de Craon au milieu de son étang de Porchefontaine



    En 1386, l’évêque de Poitiers, Simon de Cramault acheta pour les revendre les seigneuries de Montreuil  et de Porchefontaine où se trouvait au milieu d’un étang, un gros donjon entouré de dépendances et de deux enceintes, propriété de la famille de la Marche. En un siècle cette propriété changea huit fois de main. Le donjon fut détruit pour faire place à un « beau chastel avecques neuf tours couvertes de ardoises et fossez à fonds de cuves, autour colombiers et estang». Pierre de Craon, le dernier acquéreur, après une méchante algarade fut condamné à la confiscation de tous ses biens. et à la destruction de son château tout neuf. Le roi en fit alors don aux Célestins de Paris, un ordre religieux tout récent et fort en vogue.


Plan du village de Montreuil en 1680, Arch. Nat°-

    Le village était alors dominé par la butte du Montbauron où étaient installées une tour forte et les fourches patibulaires  (« bois de justice ») des Célestins. Les habitations étaient regroupées en deux hameaux distincts de part et d’autre du Montbauron : le premier autour du tracé de l’actuelle rue de Montreuil et le second autour du chemin du petit Montreuil (rue de Vergennes) qui conduisait à la route de  Sceaux. L’église paroissiale, fort  ancienne, était alors relativement éloignée puisquelle était située au carrefour de l’ancienne route de Paris (rue Champ-Lagarde) et l’actuelle rue de l’Ecole-des-Postes.



                     L’église de Montreuil. Gravures in Alain Manesson Mallet. La Géométrie pratique.1702. Bibliothèque municipale de Versailles.
    La population était composée essentiellement de paysans, de bûcherons avec quelques artisans, boutiquiers, aubergistes et rouliers qui trouvaient à s’employer au passage du trafic incessant de la route de de Paris. Quelques vignes furent cultivées sur la côte de Picardie, elles ne disparaîtront qu’à la veille de la Révolution. Montreuil semble cependant moins prospère que son voisin mitoyen versaillais comme en témoigne les impôts à l’époque de Jean-le-Bon. Là où Versailles payait 40 sous, Montreuil n’en payait que 10.

    Au 17° siècle, lors du réaménagement des grandes voies voulues par Louis XIV, la coupure entre le petit et le grand Montreuil fut accentuée par le tracé de la nouvelle avenue de Paris. Bien que faisant partie de la même paroisse, le petit Montreuil tendit à se développer autour de la nouvelle rue des Chantiers. Jusqu’à la moitié du XVIIIe siècle, Montreuil resta pauvre se développant progressivement jusqu'à 1 200 habitants.  Sous Louis XV, c'était un village de maraîchers et d’horticulteurs qui fournissaient la Cour et la ville en seigle, foin, légumes et un peu de vin. Quelques commerçants, boulangers, charcutiers et barbiers. Des blanchisseuses et des petits artisans, manouvriers et journaliers, mais aussi quelques gueux attirés par les ors de la ville royale.

    Louis XV, qui cherchait à étendre le domaine royal, projeta dès 1723 d’acquérir les terres de Montreuil. Il fit faire une estimation des biens des Célestins évalués à 17 990 livres. La négociation fut longue, les Célestins ne voulant pas lâcher prise. Ce n’est que le 1er janvier 1748 qu'ils acceptèrent un projet d’échange de terres qui ne sera finalement ratifié qu’en septembre 1760. Si le village faisait partie maintenant du domaine royal il restait encore séparé de Versailles. Finalement ce fut Louis XVI qui annexa définitivement en 1787 le territoire de Montreuil à la ville de Versailles, tant pour des raisons fiscales que pour mettre fin à la petite contrebande installée entre les deux villes.

Eglise saint Symphorien. Carte postale vers 1900.

     A la veille de la Révolution, Montreuil se développa. Les Versaillais y allaient volontiers le dimanche, s’amuser et s’encanailler dans les cabarets et guinguettes de Montreuil. Mais comme elle était  devenue la troisième paroisse de Versailles, après Notre-Dame et Saint-Louis, la vieille église qui était trop éloignée et excentrée fut détruite et remplacée par une nouvelle au cœur du village. Elle fut dédiée naturellement à Saint Symphorien en rappel de ses origines. Ce fut l'époque où le village devint à la mode, chacun voulut y bâtit sa résidence secondaire. Montreuil accueillit alors les résidences secondaires des grands de la cour. Madame du Barry, la comtesse de Provence, madame Elisabeth, sœur du roi qui sera la bienfaitrice des déshérités du village, madame de Marsan, et quelques autres courtisans fortunés.

La Révolution donnera un coup d’arrêt à cette prospérité nouvelle. Deux siècles seront encore nécessaires pour que le quartier de Montreuil prenne son aspect actuel. Mais ceci est une autre histoire.
Claude Sentilhes.

Sources : Les chantiers de Versailles. Cl. Sentilhes. J. Labro. Ed. Terra Nostra.- Versailles, le quartier des Chantiers et son Histoire. UIA. 2008. J. Royen. - Sept siècles d’histoire du quartier de Porchefontaine. Chaplot P., Dutrou Cl., 1998.



LA PROCESSION DU 4 MAI 1789.

Les derniers fastes d’une monarchie agonisante à la veille des Etats Généraux


    Quand Louis XVI convoque les Etats Généraux, il entend donner à cette réunion le maximum de magnificence et de publicité. Dès le dimanche 3 mai 1789, à Versailles et à Paris, à grands renforts de trompètes et de tambours des gardes-françaises en grand uniformes, annonce est faite de la grande procession qui précèdera l’ouverture des Etats Généraux. Les gazettes de Paris publient : « Le Roi, avant de faire l'ouverture des États généraux, voulant implorer les bénédictions du Ciel, S.M. a fixé au Lundi 4 Mai la Procession générale du Saint-Sacrement, à  laquelle elle assistera accompagnée de la Reine, ainsi que des Princes & Princesses de la Famille Royale, Princes & Seigneurs de son Sang. Les Députés des trois Ordres sont invités de se rendre à  cette Procession » Pour les habitants de Versailles et des environs, c’est assurément un spectacle à ne pas manquer. Toute la ville, mais aussi les parisiens veulent y assister. Dès le dimanche, il n’y a plus un logement de libre dans la ville. Beaucoup passent la nuit à la belle étoile ou à la recherche d’un abri ou d’une porte cochère pour s’abriter de la pluie incessante.

Procession des Etats-Généraux, 4 mai 1789. Gravure 1794, BNF 
+++++++++

    Le roi et la reine n’arrivent que trois heures plus tard, à dix heures, dans un magnifique cortège de carrosses, accompagné des princes de sa suite. Les chevaux sont superbement harnachés, la tête surmontée de hauts plumets. Le cortège se forme alors dans la rue Dauphine (actuelle rue Hoche) sous l’œil ravi des badauds se pressants à chaque fenêtres. La procession traversera ensuite toute la place d’Arme le long des écuries, puis s'enfonce dans la rue de Satory jusqu’à l’Eglise Saint Louis. Sur tout le trajet les façades ont été ornées d’immenses tapisseries issues du Garde-Meuble de la Couronne.

    Les prêtres Récollets ouvrent la procession, suivis des Gardes du roi en habit de cérémonie, puis des députés du Tiers Etat tous de noir vêtus un cierge à la main. Ils sont les plus nombreux. Derrière suivent les députés de la noblesse dans leurs plus beaux atours dorés et empanachés. Le bas clergé tout en noir et surplis blanc précède le haut clergé en robe violette, surplis de dentelle recouverts d’une cape pourpre. Le Saint Sacrement est couvert d’un immense dais de soie brodée derrière lequel le roi suit à pied et quelques mètres derrière la reine que l’on  voit sur la gravure sous une ombrelle. Pour l’occasion le roi est en habit et manteau de drap d’or, il porte sur son chapeau le Régent, le plus gros diamant de l’époque. La reine porte quant à elle une robe d’or et d’argent. Le cortège se termine par le déploiement fastueux de la Grande Fauconnerie, les officiers le faucon au poing et enfin avec les courtisans endimanchés.



Détail de la gravure. On distingue derrière le dais du Saint Sacrement, le roi suivi de la reine sous une ombrelle.

    Le spectacle est évidement magnifique et imposant. Il y a foule pour voir passer cette imposante procession. Les badauds s’agglutinent sur plusieurs rangs. Le roi est encore très populaire et bien acclamé, la reine moins. On voit « des colporteurs profitant de la foule pour proposer leurs peignes, leurs miroirs et leurs billets de loterie. Des notables, bras dessus bras dessous avec leur dames, menacent les gamins impertinents avec leurs canne ». Monocle vissé à l’œil, portant le frac de taffetas rayé de blanc ou de rose, cuisses moulées dans de culottes de drap multicolore, quelques habitués du Palais-Royal applaudissent bruyamment. Marchands d’estampes ou de boissons, petit cireurs, vendeurs de muguet du printemps, tire-laines, coupe-bourses, monte en l’air se mêlent à la foule, chacun à ses affaires.


Détail de la gravure. Au premier rang, les badauds et les tire-laine.

    Car ce n’est que vers midi et demi que le roi atteint l’église Saint Louis. Il a fallu près de deux heures pour que ce cortège de plus de deux mille personnes passe d’une église à l’autre. Il leur faut encore assister à la grand-messe solennelle. L’évêque, monseigneur de la Fare, se lance dans une longue homélie qui dure près de « sept quart-d‘heures ». Il est rapporté que le roi se serait assoupit tandis que l’évêque fustigeait le luxe de la Cour. La cérémonie est longue. Il est dix-sept heures quand Louis XVI sort enfin sous les ovations de la foule massée sur le parvis.

    Le lendemain s’ouvre aux Menus-Plaisirs les Etas Généraux. On connait la suite : le tiers-état réclame le vote par tête pour ne pas être dépossédés de leurs droits face aux ordres privilégiés, noblesse et clergé. La Révolution commence.

Claude Sentilhes


Sources : Cl. Sentilhes et Jacques Labrot in Les Chantiers de Versailles. Ed. Terra Mare. /  Internet : www.chateauversailles.fr › L'Histoire › Les grandes dates › /  Récit des séances des députés des Communes, signé Salomon, Emmery, Camus.in books.google.fr / Grandes fêtes et décors à l’époque de Louis XVI, Alain-Charles Gruber. 1972. in books.google.fr./ Chroniques de la Révolution française,  jacques Legrand S.A. 1988. in Books.google.fr. 

______________________________________
Publication de l'auteur: 

LES CHANTIERS DE VERSAILLES
La grande histoire d'un quartier méconnu


    En marge du VERSAILLES royal, s'est développé aux limites de la ville et à l'ombre du Roi Soleil, un faubourg qui a accueilli les manouvriers, les entrepôts et les masures de tous ceux qui ont humblement participé à l'édification de la gloire du monarque et de la ville. Ce faubourg, d'abord hors la ville, longtemps méconnu connu au 19° siècle une renaissance provoquée  par le chemin de fer. Il a connu les deux occupations prussiennes de 1815 et 1870, les effets de la Commune, l'occupation allemande et les bombardements de 1944. Non seulement il est toujours vivant mais Les "Chantiers" sont maintenant en pleine mutation. Rues et bâtiments importants sont décrits et illustrés.
    Aucun ouvrage n'a jamais été publié sur ce quartier de la ville. 
   Publié pour le Comité de Sauvegarde Versailles-Chantiers, Ed. Terra-Mare.2013.
  Claude Sentilhes 
***
   Le livre peut encore être acquis auprès du Comité de Sauvegarde Versailles-Chantiers.